À retardement, de Franck Thilliez

“Le passé est un poison lent. On croit l’avoir digéré, mais il infuse encore, à retardement.”

Je referme À retardement avec le cœur qui cogne encore. Il y a toujours, chez Franck Thilliez, cette capacité à jouer avec nos nerfs, mais cette fois, quelque chose d’autre s’est faufilé sous ma peau. Une lenteur sourde, un vertige intime. Ce n’est pas un simple thriller – c’est une horloge qui s’emballe… à retardement, justement.

Tout commence avec une mécanique bien huilée : un corps, une enquête, une équipe. Mais très vite, le roman devient un piège mental, un labyrinthe émotionnel. Thilliez pousse encore plus loin son exploration du temps, du souvenir, de la culpabilité. On n’avance pas – on recule, on doute, on piétine, jusqu’à ce que la vérité nous explose en pleine figure.

J’ai lu ce livre comme on marche dans un tunnel sans fin, une lampe faiblarde à la main. Chaque page éclaire un petit bout de vérité, mais l’ombre, elle, gagne du terrain. J’ai ressenti l’angoisse des personnages comme si elle m’était propre. Ce poids des choses non dites, des gestes manqués, des secondes de trop. Il y a dans ce roman une douleur étouffée, celle des instants perdus, celle des choix faits… trop tard.

Et cette fin. Elle n’offre aucun répit. Pas de grande catharsis. Juste ce sentiment d’inachevé parfaitement maîtrisé, qui nous laisse hagards, presque complices du drame. Thilliez ne cherche pas à nous soulager. Il nous laisse avec le poids du temps qui passe – et de celui qu’on a laissé filer.

À retardement n’est pas un simple polar. C’est une expérience sensorielle, une dissection lente de l’humain, une plongée dans la faille du réel. Il m’a tenue éveillée la nuit. Il m’a fait douter. Il m’a fait mal – mais ce genre de mal qu’on cherche, qu’on attend, qu’on espère presque, quand on aime vraiment la littérature noire.

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