Il y a des livres qui divertissent, d’autres qui intriguent, et puis il y a ceux qui marquent, qui imprègnent l’esprit et le cœur bien après avoir tourné la dernière page. Entre deux mondes est de ceux-là. Dès les premières lignes, j’ai compris que cette lecture allait être différente, plus intense, plus viscérale. Ce n’est pas un polar classique, ce n’est pas un simple thriller. C’est une plongée dans l’enfer d’un entre-deux où la vie humaine oscille entre espoir et désespoir, entre violence et résilience.
Un roman qui vous prend aux tripes
Olivier Norek ne ménage pas son lecteur. Avec une plume directe, sans fard, il nous jette au cœur de la jungle de Calais, un endroit que l’on croit connaître à travers les médias mais dont la réalité dépasse tout ce que l’on peut imaginer. On y suit Adam, un policier syrien contraint de fuir son pays ravagé par la guerre, et Bastien, un flic français qui découvre, impuissant, la brutalité de ce microcosme où la loi n’existe plus.
Dès les premières pages, j’ai été happée par cette rencontre entre deux hommes que tout oppose et qui, pourtant, vont se retrouver confrontés aux mêmes dilemmes. Leur humanité, mise à rude épreuve, est le fil rouge de ce roman qui nous force à regarder en face une réalité dérangeante.
Un réalisme glaçant
J’ai souvent dû poser le livre, reprendre mon souffle. Parce que Norek ne raconte pas, il montre. Il nous projette dans l’horreur d’un camp où s’entassent des milliers de personnes fuyant la guerre, la misère, l’injustice. Il met en lumière ce que l’on préfère ignorer : la violence omniprésente, les trafics sordides, l’impuissance des forces de l’ordre, les rêves brisés sur les côtes européennes.
J’ai ressenti l’humidité glaciale de ces abris de fortune, j’ai perçu la peur dans chaque regard, l’épuisement, la résignation. Et cette question lancinante qui me hantait tout au long du récit : comment en est-on arrivé là ?
Des personnages qui nous habitent
Adam et Bastien sont de ces personnages qu’on n’oublie pas. Adam, cet homme brisé mais digne, qui a tout perdu et qui se retrouve dans une errance insoutenable. Bastien, lui, est un témoin qui, peu à peu, se transforme, dépasse ses certitudes et son impuissance pour tenter, à son échelle, de faire quelque chose.
Et puis il y a les autres : Kilani, ce gamin à la fois lumineux et tragique, ceux qui ont abandonné tout espoir, ceux qui se battent encore. Chaque personnage porte une histoire qui nous serre la gorge.
Un livre nécessaire
Entre deux mondes est plus qu’un roman. C’est une claque, un électrochoc. Norek ne prend pas parti, il ne juge pas. Il nous place face à une réalité brute, à nous de la regarder en face. J’ai refermé ce livre avec une boule au ventre et l’impression d’avoir traversé, moi aussi, un monde dont on parle trop peu ou trop mal.
C’est un roman qu’on ne lit pas impunément, mais c’est un roman essentiel. Parce qu’il nous confronte à notre propre humanité, à ce que nous choisissons de voir ou d’ignorer.
Je ne ressors pas indemne de cette lecture. Et vous, oserez-vous franchir la frontière Entre deux mondes ?

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